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JOUR, éclairer par le son

Portrait

Publié le 14/05/2020

De son vrai nom Anaïs Delmoitiez, elle est la tête pensante de Jour, un projet issu de la promotion Triple A 2018/2019 avec Jah Style et RI333N. Une artiste, une vraie, qui conçoit la musique comme un espace où l'intime peut s'épanouir et l'indicible s'éclaircir. À la lumière de son métier d'art-thérapeute et de son parcours, son geste musical révèle en creux une certaine foi dans l'humain, dans sa capacité à pouvoir se reconnaître et à avoir une prise sur son existence. Un geste bienveillant qu'elle tient avec brio dans sa musique entre réserve et délicatesse sans jamais tomber dans la mièvrerie. Entretien.

Quel bilan tires-tu de ton année Triple A ? Que t'a permis d'acquérir cet accompagnement ?

Hyper positif, cela m'a permis de me donner confiance et de me sentir légitime malgré mes doutes. Ça m'a aussi permis de bénéficier de la bienveillance et de la solidité de l'équipe qui ne m'a pas lâché, notamment celle de Marc d'Haussy au studio et de Virginie Scherrens, chargée des actions culturelles. J'ai pu ainsi déposer ma musique et arrêter de traîner des morceaux. Et pour la scène, je suis également passé d'amateur à pro, dans le sens où j'ai pu en finir avec les approximations et les soucis techniques tout en apprenant à laisser faire les autres et à déléguer pour l'installation. Avec l'équipe, on a pu trouver des alternatives à l'ordinateur que j'utilise sur scène, ou au niveau des balances, pour se brancher.

Depuis que tu as bénéficié de cet accompagnement, prêtes-tu attention au travail des autres promotions ?

Je n'ai pas encore écouter la musique des groupes de la nouvelle promotion. Avec Jah Style et RI333N, qui sont de la même promotion que moi, on est encore en lien. On peut s'échanger des tuyaux pour des dates par exemple. RI333N a aussi réalisé la captation vidéo de mon concert aux 4Ecluses et nous sommes restés proches. Un autre bon souvenir est que, pendant ce set, Thilbault, guitariste du groupe, a aussi spontanément pris sa guitare pour nous accompagner sur scène.

En revoyant les vidéos de ton concert aux 4Ecluses, quels souvenirs en gardes-tu ?

Il y avait peu de monde : environ une cinquantaine de personnes, donc un peu de moins de stress. C'était le deuxième concert que l'on faisait avec un son aussi développé. Une semaine avant les 4Ecluses on jouait au Centre Gérard Philipe à Calais en première partie où il y avait beaucoup plus de monde. Aux 4Ecluses, ce qui me stressait plus, c'était le fait de jouer en première partie d'Olivier Marguerit et d'être écouté par lui. J'étais très contente de pouvoir être en première partie de son spectacle car j'aime beaucoup sa musique. Je n'ai pas osé parler avec lui pour lui demander ce qu'il pensait de Jour mais Mariane [Berto, instrumentiste du duo – ndr] a pu discuter avec l'un de ses musiciens qui a dit quelque chose comme « c'est joli » je crois.

Tu fréquentais déjà la salle avant l'accompagnement ? As-tu des souvenirs ou des anecdotes marquantes ?

Avant de vivre à Calais je vivais à Lille donc j'ai surtout fréquenté des salles lilloise. Lorsque je suis venu habité sur Calais j'étais enceinte et aller voir des concerts ce n'est pas vraiment compatible avec une vie de jeune maman.

Quel est ton rapport aux musiques actuelles et à son économie ?

J'ai un peu un rapport « je t'aime moi non plus ». Je ne vais pas trop aux concerts, qui peuvent être parfois trop beau ou trop fort pour moi. Je suis une hyper sensible ce qui fait qu'il y a des choses que je n'arrive tout simplement pas à écouter ou pour d'autres où la descente peut être parfois difficile. Donc j'y vais avec prudence. La musique me bouleverse. Je ne peux pas avoir en continue un flux musical en fond sonore. Par exemple dans un bar ça va compliquer ma capacité à me concentrer sur une conversation. Ce qui fait que je ne suis pas vraiment dans une forme de boulimie musicale. Pour celles que j'écoute, je me suis mise très tard aux voix féminines. Dans ma présentation bio des 4E, ce n'est pas moi qui l'ai écrit, je suis comparé à Émilie Loizeau. Je l'ai peu écouté mais j'adore ce que j'en ai entendu et je pense que sa chanson « L'autre bout du monde » est un chef d'œuvre. J'ai en revanche beaucoup écouté Radiohead, que j'ai vu 8 fois en concert, Muse et Oasis : ce sont les groupes phares de ma vingtaine !

Tu es passée du groupe Ellis Bell à Jour qui proposent deux univers différents. Comment s'est déroulée cette évolution musicale, qu'est-ce qui a déclenché cette nouvelle envie ?

J'ai commencé le chant à 26 ans avec Ellis Bell. Je jouais vite fait de l'instrument et de la guitare, mais c'est avec ma voix que j'ai vu qu'il y avait un potentiel et que c'était là mon vrai instrument. Puis Ellis Bell s'est arrêté. C'était une belle histoire mais il fallait tout simplement que cela s'arrête. Entre Jour et Ellis Bell, j'ai intégré la chorale Les Patronnes. Au cours de mes 9 ans de Conservatoire de Chant, où j'ai surtout étudié du chant classique et polyphonique, j'ai rencontré cinq filles avec qui j'avais envie de former une chorale de femmes qui s'est agrandie par la suite. C'était une chorale a cappella avec un répertoire de chants traduit en français. J'ai ensuite quitté la chorale qui a continué deux ans après mon départ. Je ne voulais pas arrêter la musique et j'avais envie de continuer à utiliser ma voix mais sans instrument. J'avais des textes, des chansons et une envie de continuité. Une envie de quelque chose de français et d'accessible pour le texte afin que tout le monde puisse comprendre. Quelque chose de brut, d'authentique et sans pudeur. En 2014 j'ai alors demandé une résidence au Channel de Calais et cette résidence d'une semaine a été acceptée. Beaucoup de mes compositions viennent de cette période.

Combien d'instruments sais-tu jouer ?

Ukulélé, guitare et clavier mais je ne suis pas instrumentiste non plus. Ce qui est suffisant quand je compose toute seule, ou avec un logiciel par exemple. J'ai l'oreille pour savoir ce que je veux et demander à ce que ce soit traduit en son mais pas la pratique pour le faire sur scène.

En parallèle de Jour, tu es également thérapeute, psychogénéalogiste et art-thérapeute. Ces expériences professionnelles t'inspirent-elles dans ton processus créatif ?

Le lien entre ces expériences professionnelles et Jour, c'est le rapport à l'émotion, au fait de capter l'invisible. D'une manière générale, l'art aide à mieux se connaître, à appréhender son intériorité, à le valoriser et à affirmer son imaginaire, sa sensibilité et sa singularité. J'ai pu comprendre la signification profonde de certaines de mes chansons parfois longtemps après les avoir écrites. Par exemple, avec le morceau « La Baie », je croyais que je parlais d'un chagrin d'amour et par la suite je me suis rendu compte que cela parlait de la perte ancienne d'un jumeau. Voilà ce que peut offrir aussi l'art et la musique : faire des liens et nommer ce qui circule en nous-même. Cela m'inspire et peut transparaitre dans mes compositions.

Comment se déroule ta collaboration avec Mariane Berto sur les compositions ou les lives dans le projet musical Jour ?

Mariane est toujours disponible et présente. Elle joue de la flûte traversière. À savoir si Jour est un groupe ou mon projet solo ce n'est pas vraiment défini. Mais c'est moi qui donne les directions. Je peux lui donner des indications abstraites comme « je souhaiterais quelque chose de liquide » ou de « vaporeux ». Elle propose et compose et si il faut, je réoriente. On se comprend, on a une relation très fluide. Par exemple, lors de l'enregistrement en studio on a conservé une prise où elle avait fait une impro. Je veille à ce que le projet Jour reste un espace ludique et d'expression.

On peut découvrir certaines de tes chansons sur ton soundcloud mais il ne rassemble pas toutes celles que tu peux jouer en live. Envisages-tu de créer un bandcamp où l'on pourra écouter l'ensemble de tes compositions ou même acheter ton CD ?

C'est en projet et c'est un objectif du Triple A. On prévoyait à la base une sortie ce printemps mais maintenant on vise plutôt septembre ou octobre prochain. La page bandcamp est prévu aussi avec l'écoute de l'album mais aussi l'achat matérialisé du CD mais pas de vinyle ; c'est une culture à laquelle je n'appartiens pas vraiment. La finalité est de structurer l'ensemble et de garder une ligne professionnelle pour le studio comme la scène.

Qu'as-tu (ré)écouté durant la période du confinement ?

Avi Kaplan qui est un chanteur de folk à la voix basse de dingue et un compositeur américain qui, avant de faire une carrière en solo, appartenait à la chorale Pentatonix. Agnès Obel que j'ai enfin écouté dernièrement et que j'adore totalement. Deva Premal aussi, lorsque je cherche du calme et à méditer. L'EP La vita nuovo de Christine and the Queens, qu'elle a sortie juste avant le confinement, et le film d'un quart d'heure qui a accompagné sa sortie. Eivør Pálsdóttir, une chanteuse et compositrice danoise qui offre une belle ambiance nature et mystique. Jérémy Frérot aussi. J'assume totalement mon côté variété française ! Je faisais des recherches sur ce qui se faisait en musiques françaises en ce moment avec des inspirations alternatives et je suis tombé sur lui. Je me verrais bien collaborer avec lui car il a de beaux textes et des paroles superbes. Je me verrais bien collaborer aussi avec François Marry de François and the Atlas Mountain que j'ai déjà vu en concert : il a un chant souple et doux que je recherche avec Jour.

Quels conseils donnerais-tu à un groupe amateur qui souhaiterait émerger et se produire ?

Émerges-toi et produits-toi ! [Rires] Ce qu'il faut c'est accepter de rater et persévérer. Il faut y aller en acceptant que ce que tu peux produire ne puisse pas faire l'unanimité non plus. Parfois, ce ne seront que deux personnes qui viendront te voir à la fin d'un concert mais ce sera suffisant pour te motiver et se sentir légitime.

Musicalement parlant, quels sont tes projets à venir ?

Pour le CD de la rentrée, réaliser le visuel et si possible concrétiser le tournage d'un clip pour la chanson « Battre le fer ». J'ai aussi pour projet de réaliser la bande son de Cataplasme de Justine Pluvinage. Un projet auquel l'artiste plasticien Philémon Vanorlé (société Volatile) doit également participer. L'idée c'est de filmer un trajet à pied de Roubaix à Douvres par cinq jeunes.

Propos recueillis par Florent Le Toullec

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